Pour Gérard Pons

 

                             



Ainsi tu es parti discrètement un jour de juin, toi l'enfant de décembre. Tu es parti comme on quitte une fête au petit matin, quand les convives sommeillent ou ont le dos tourné. Tu es parti la tête encore pleine de projets, comme tu me le disais au début de l'année, après que Var-matin ait consacré un bel article à ton parcours poétique.


Car en toi les mots ne se sont jamais taris. Ces mots inspirés que tu as essaimés dans des dizaines de recueils de poèmes et de contes. Ces mots qui jaillissaient spontanément de ta bouche et qui subjuguaient tous ceux et celles qui t'écoutaient, n'importe où, sur une scène ou dans la rue.


Tout comme ces délicates gravures que tes grosses mains burinées engendraient inlassablement, année après année, dans ton atelier du Castellet. Ces gravures qui enfermaient les formes simples du vivant et que tu distribuais généreusement autour de toi. Ce sont elles d'ailleurs qui sont à l'origine du livre*qui a scellé notre rencontre en 1992.


Qui, après toi, possédera un tel métier, pourra transmettre un tel savoir sur un genre artistique de plus en plus relégué aux oubliettes par la modernité? Le proverbe africain qui dit qu'«un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle» n' a pas de plus juste exemple avec toi.


Les chiffres de l'état-civil ne sont que peu de choses. Ils ne disent que la durée d'une vie humaine, en aucun cas sa valeur. La tienne fut longue, certainement, mais ça ne peut être pour moi un motif de consolation. Seul le cœur peut juger du manque de l'ami ou de l'aimé.


Oui Gérard, tu vas me manquer. Ta voix vive et mélodieuse, tes prunelles azurées, me manquent déjà. Par ta vitalité, ton enthousiasme et ton sens de la liberté tu as été un maître de vie pour moi. Puissent ces quelques mots restituer, pour ceux et celles qui les liront, ton exceptionnelle humanité et l'intensité de notre relation!


* La plume et le burin, Les Cahiers de Garlaban



Jacques Lucchesi