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Khamylle-Abel Delalande: Il neige en mélancolie

 

Né à Dinard en 1981, Khamylle-Abel Delalande a enseigné le français à Paris et en Bretagne avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Déjà Auteur d'une douzaine de livres et de nombreuses publications en revues, sa poésie, intense et musicale, est une quête de vérité qui explore la solitude et la mémoire, l'absence et le silence. Pour preuve de notre propos, voici le poème liminaire de son recueil (inédit) "Il neige en mélancolie". En souhaitant qu'il trouve ainsi de nouveaux lecteurs enthousiastes. JL




* L’attente

 Le lourd capital des bûchers 

 Qui viendra construire la flamme de la gravitation ?


 Le jour se lamente enfin

 Son royaume est trahi par les hautes naissances

 Beauté des mains qui fleurissent

 Oraison des cœurs qui fanent

 La poésie entière veille sur

 Les yeux fermés


 Les pensées dans la poitrine

 Refluent comme des vagues

 Et le sourire comme l’écume blanchit

 La frêle destinée- 

 Toujours 

 Abandonner ce recueillement- 

 L’automne tourne

 Injustement la liberté se disloque

 Tectonique humaine

 Le monde avance vers sa pâle gestation.


 Khamylle -Abel Delalande

(Poème extrait du recueil, "Il neige en mélancolie")

 

Asphalte, de Pascal Alliot

 Notre ami Pascal Alliot vient de publier "Asphalte",  premier volet d'une trilogie romanesque aux éditions Hugo Stern. En digne héritier de Jean-Claude Izzo, il explore, dans une langue nerveuse et imagée, le versant sombre de Marseille, avec ses gangs de trafiquants plus résolus que jamais à accroître, par tous les moyens, leur empire. Face à eux le tandem mixte Debreuil-Devos, as de la police marseillaise, aura fort à faire. Et c'est sans parler de la corruption au sein de leurs propres services. De quoi ravir les amateurs de polars forts et bien construits. On peut déjà le commander à l'adresse suivante:

https://editionshugostern.com/#  

Bonne lecture. JL




 Jean-François Bardeligne est né dans les années 80 sous l’estuaire de la Charente, en face les îles. Il a grandi à la campagne, près de la mer et loin de tout le reste. Après une enfance trop facile et une adolescence idiote, il a porté des assiettes, poussé des bateaux, vidé des camions, vendu des bibelots, fait des piges et rencontré du monde. Il s’en rappelle bien. Aujourd’hui en famille, à Riga, il découvre avec méfiance la sécurité financière et écrit beaucoup depuis que Poutine a envahi l’Ukraine. Nous donnons à lire ici un poème emblématique de son recueil Aux frères et à leurs cousines pour lequel il cherche un éditeur.


Aux frères et à leurs cousines


Parfois, en amont

De  la ligne de vie,

La calle et les vraies ampoules

Usent si bien les rides de  paume

Qu'elles en effacent la naissance,


Alors on ne sait plus

D'où sortent ces gens.


On sait où ils vont

Dame: on leur lit

Dans les fractales de couperose

On y voit l'avenir sous le hâle

Et les rides de petite joie,

Ils vont nulle part.


D'autres fois, ils font

Quand même une étape

Avant, pour une commission

Une dette, ou une odeur

Qu'ils reconnaissent.


J F B

Statues de cordes, de Frot (extraits)

 Récemment nous avons reçu, au Port d'Attache, un corpus de textes poétiques dont la densité d'écriture et la sincérité ne nous ont pas laissés insensibles. Son titre: Statues de cordes. Son auteur: Frot. Ce jeune québécquois a eu une enfance bringuebalée entre plusieurs continents et mène aujourd'hui une existence entièrement polarisée par l'écriture.  Il s'agit pour lui, à travers une succession de notes poétiques, de "tracer un pont entre le fictif pulsionnel et le quotidien implacable", comme on peut le lire dans les extraits qui suivent.  Entre rage, humour et sensibilité, sa quête est de celles qui caractérisent les poètes authentiques. Nous communiquons ici son email pour qui voudrait le contacter pour poursuivre la discussion et peut-être lui offrir un contrat d'édition en France: 

 mathieu.larouche001@hotmail.com


J L



Extraits de « Statues de cordes »


Quelques vocables sortent du puits encore à les mastiquer. Je réalise ma tête aussi nue que l'herbe contre le soir, enceinte d’écume. Membres modestes, divisés, si timides dans leur émois auprès d’une jupe plis tirés par les étoiles. Soif, tes lèvres levée, besoin d’encore et encore plonger du pourtour de la coupe, péril mousseux.

Entre stries d’ombrage, dégradés saillants… toi et la haie adressez une obscure pulsion. Aux nuages les idées se frôlent. Souvenirs déjà avide retenue des paumes. Ramures, zèle zébré, cisailles d’extrême entêtement mon dé à foudre qu’emportent tes frissons de hanches.


Tisons : sang qui tremble encore.



Marais où la plante de pied crève au contact des bulles, chacune sur sa couche guet immobile, amorce isolée d’assauts en chaîne oculaire. Charpie paranoïaque que soulève cet expéditif triomphe vert-brun.



Aube en débordement de tête, angle festif. Chevelure radiesthésique devant le dru surgissement des joncs. Tic inoculé.

Été à boire sec, ramasser serpents d’heures.

Échéances vrombissantes sur le pas de ta perte, laissée derrière. Confort ouateux sous le balancement des câbles.


Avant ou après la mort? je n'arrive plus à faire la différence. L’écart des rideaux varie avant leur tombée définitive. Accueil, un regard y joue avérant chaque pas vers eux.


Indulgence pour un tel flot de cellules, compte, ressassement noueux d'une croissance, la félicité ne reste ni ne s’en va. N’entre, ne sort que son droit de passage.


Biche dont le pied blanc se cale sur tes pierres chaudes, soulève des régiments de sang. Que tu précipites, falaise par-dessus tête.

Belle dont le sabot léger coince avec savoir les broderies du cœur. Explicite instant qu’elle permet de parcourir


Frot

Caroline Pivert : Instants (poèmes)



Déjà auteure de deux romans, un recueil de nouvelles et deux recueils de poèmes, Caroline Pivert s’inscrit délibérément dans une tradition lyrique qui n’est pas prête de se tarir. On aurait tort de mésestimer ce sillon au nom d’une modernité imbue de ses certitudes et de ses jeux formalistes. Car il a toujours sa place dans la poésie d’aujourd’hui. Qu’ils nous parlent d’amour ou de ses émois face aux mystères de l’univers, les poèmes de Caroline Pivert, riches en images, vibrent d’une sincérité qui fait du bien par les temps présents. Je vous propose de découvrir l’un de ses Instants, recueil pour lequel elle cherche un éditeur impliqué. On peut également découvrir son site et la contacter à l’adresse suivante : http://carolinepivert1.e-monsite.com
       J L
Il en faudra, du cœur
Pour traverser le temps
Comme un éclair vengeur
De ce que le néant
Veut garder du bonheur
Il faudra du courage
A l’âme qui s’étouffe
Sous l’afflux des nuages
Pour reprendre son souffle
Et y faire barrage
Que les chants printaniers
S’ouvrent enfin dans nos voix
Nostalgiques d’étés
Des beaux élans de joie
Que la grande épopée
De l’existence soit
Une épreuve gagnée
Sur le feu des tournois
Duels ensanglantés
Qui se dressent parfois
Entre le rêve aimé

Et l’infini pourquoi.
Le Port d'Attache se fait le relais d'un appel à contributions lancé par les écrivains Jean Klépal et Alain Sagault sur le thème " Pour quoi vivons-nous?". Les réponses peuvent être postées directement à l'adresse du blog qui transmettra aux intéressés. Voici leur texte-manifeste:

                                                       Pour quoi, et comment ?


Il est clair pour quiconque se tient un peu informé que la fin de notre monde a commencé.
Puisque face au chaos grandissant engendré par la mégalomanie économico-financière nous avons tant de raisons de désespérer, pourquoi voulons-nous continuer à vivre, pire, à nous battre pour la vie – pour ce que nous estimons être la vie ?
La réponse est simple : parce que nous la trouvons encore belle, et que nous avons donc encore envie de la défendre, de la vivre et de la partager.
Nous avons, c'est vrai, de plus en plus de mal à la trouver belle, cette vie, cernés comme nous le sommes tous par la laideur, la bêtise, la méchanceté et le mensonge – y compris, trop souvent, par notre propre laideur, notre propre bêtise, notre propre méchanceté, et nos pauvres dénis mensongers.
De là notre envie d'explorer les sentiers de vie que dans le chaos ambiant nous pouvons encore emprunter, et de rassembler les raisons très heureusement déraisonnables qui nous donnent à croire que notre vie a peut-être encore un sens, qu'elle vaut du moins la peine d'être vécue.
Il nous semble que plus nous parviendrons à évoquer de façon personnelle nos raisons de vivre et à les partager, plus elles s'avéreront semblables, pour l'essentiel : nous avons tous plus ou moins, diversement incarnés, mêmes désirs et mêmes besoins très simples qu'en aucun cas ne peut satisfaire le fonctionnement pervers que nous avons laissé s'installer sous la houlette d'une minorité d'hommes de pouvoir dont l'avidité aussi nocive et criminelle que stupide témoigne de leur fondamentale impuissance à être et à laisser être, à vivre et à laisser vivre.
Pour nous, parler est essentiel. C'est s'engager contre le mensonge institué et la dénaturation du langage par la « communication » et partager les expériences qui peuvent nous aider à devenir ou redevenir, très modestement et concrètement, humains.

Ce sont souvent de toutes petites choses qui nous donnent envie de vivre, comme en témoigne la petite histoire que voici, minuscule, dérisoire mais authentique raison, contre toute « raison », de vivre :

LE POT DE FLEURS

C’est un pot en terre cuite ocre, un pot de taille moyenne, ni petit ni vraiment grand, déjà un beau pot.
Il croit bien qu’il l’a acheté au marché l’an dernier et qu’il contenait deux plantes dont il ne se rappelle plus, qui sont mortes cet hiver au fond de la cave.
Il n’en reste qu’une bouffée de paille fine et deux ou trois tiges sèches.
Il a failli retourner le pot et verser comme d’habitude son contenu sur le bout de terre où poussaient autrefois des haricots verts et des fraises, et qu’il laisse désormais en jachère faute de temps.
Puis il s’est dit : « On ne sait jamais… » et l’a posé entre le rosier qui a si bien repris et la porte de la remise, juste assez loin du mur pour que le terreau reçoive la pluie.
Il l’a même arrosé, au cas où...
Il est passé à autre chose, a oublié. C’est vrai, la vie continue.
Passant devant un mois plus tard, il a distingué entre les brins de paille, à peine visible tout au fond, la fragile amorce d’une pousse.
« Tiens… » s’est-il dit.
Pour voir, il a de nouveau arrosé, a mis un peu d’engrais.
Quelques jours plus tard, il est repassé. Une plante semblait vouloir pousser, de petites feuilles ovales un peu pointues du bout, joliment vernissées.
Il s’est demandé ce que ça pouvait être, a remis un peu d’eau et d’engrais.
Puis il a dû s’absenter, six semaines, et s’est dit qu’elle allait sécher.
Il a été content de retrouver son jardin.

Il avait complètement oublié la plante.
Au matin, en allant chercher un outil dans la remise, il a remarqué du coin de l’oeil un changement dans le pot. Il a pris l’outil, et en ressortant, après avoir fermé la porte, il s’est penché pour regarder le pot.
En fait il a regardé la plante, parce que le pot, on ne le voyait plus beaucoup. Ni la touffe de paille fine.
Elle avait beaucoup grandi, la plante !
Elle avait fait deux belles tiges de feuilles charnues, d’un vert profond, l’une verticale, lancée à l’assaut du ciel, l’autre penchée et retombant en une courbe gracieuse vers la terre.
Celle qui défiait la pesanteur portait deux boutons, des bulbes cramoisis tirant sur le mauve, et deux fleurs dont le bulbe s'était ouvert pour laisser apparaître des pétales blancs en clochette au centre desquels pointait un fin pistil mauve. Elles retombaient langoureusement vers le sol, comme toutes celles, bien plus nombreuses, que portait la branche qui s’était abandonnée à son propre poids.
Toutes ces petites cloches semblaient sur le point de sonner la joie de refleurir après avoir manqué mourir.
Il est resté un moment immobile, pétrifié – et comme illuminé.
Puis il a pris le pot avec précaution, l’a soulevé bien haut, et les rameaux plongeants ont déroulé comme une cascade leurs grappes de fleurs inouïes.
Il a porté le fuchsia sur la terrasse, l’a suspendu sur le balcon, l’a délicatement nettoyé de la paille et des tiges mortes, et pour finir l’a arrosé lentement, juste ce qu’il fallait.
Il est rentré travailler.
Peu après le dîner, au soleil couchant, il s’est assis devant le fuchsia et ils se sont regardés.
Dans la nuit, il a rêvé que c’était le fuchsia qui l’avait cueilli, et qu’à son tour il allait refleurir.


Nous sommes arrivés à un moment où il devient impératif de choisir entre forces de mort et forces de vie. Contribuer à enrayer l'inhumaine évolution actuelle en usant de ce qui demeure de la liberté de parole constitue un enjeu capital pour notre survie. L'espèce humaine est devenue trop puissante et trop dangereuse pour elle-même et pour le monde auquel elle appartient : sous peine de disparaître, il lui faut cesser ses puérils jeux de pouvoir. Le règne de l'avoir, du toujours plus, touche à sa fin, le temps d'être, et d'être en harmonie avec le monde qui nous entoure est venu.
Très concrètement, il s'agit de se demander ce qui pour chacun de nous, chaque jour, fait pencher la balance du côté de la vie.
Nous pourrions ensuite nous demander comment ces forces de vie pourraient être mises au service de la vie et contribuer à lui redonner un sens, à l'opposé des dirigeants actuels, obsédés depuis un demi-siècle par une suicidaire course au pouvoir et au profit.
Ces questions, il nous semble que cela vaudrait la peine de les poser à tous autour de nous, de proposer à chacun d'y réfléchir et de tenter d'y répondre à sa manière, puis de nous envoyer ses réponses.
De cet ensemble de contributions finirait peut-être par se dégager un consensus authentique, que nous imaginons en tout point opposé à la pensée unique néo-libérale, produit d'une conception de la vie strictement quantitative, dont il est désormais évident qu'elle est contre nature.


Les questions que nous souhaitons vous poser comme nous nous les posons, et auxquelles nous aimerions que vous tentiez vous aussi de répondre, pourraient se formuler ainsi :
- Au-delà de l'instinct de conservation (qui semble bien être aujourd'hui, particulièrement sur le plan collectif, largement inhibé), qu'est-ce qui nous pousse à vivre ?
- Qu'est-ce qui fait qu'il nous est encore possible de vivre ?


Alain Sagault et Jean Klépal

vous remercient de vos réactions.

La revue Cabaret


Créée et dirigée par Alain Crozier, la revue "Cabaret" propose en moyenne quatre livraisons annuelles. Elle publie principalement des poèmes et des proses courtes. Et recherche plus spécialement des auteurs féminins.


Voici un lien pour la découvrir: http://www.revuecabaret.com

"Midi convergent" d'Aziz Zaâmoune

Journaliste et critique d'art marocain, Aziz Zaâmoune est aussi un poète qui conjugue la méridionalité de ses visions à une économie rigoureuse des mots. Dans "Midi convergent", - dont nous publions ici un extrait -, le lecteur est invité à un périple symbolique à partir de la place publique de la Médina de Meknès ( Blancheur ou Lahdim). Ce qui l'entrainera à passer les 7 portes (Bab) du texte, chacune étant riche de 7 poèmes, jusqu'au retour final à la Blancheur initiale. Voilà un recueil hautement pensé qui réhabilite la dimension anagogique de la poésie.
J L
La terrasse (extrait)
Une descente molle
Dans le midi lexical
Voici
J’étends du linge en haut
J’étends le café
La terrasse
Et des promeneurs en bas
J’étends le zénith au milieu
Le zénith mouvant
Le zénith articulé
Le zénith en marche
Descendant
Sur terre
Fondant
Liquide…

J’étends
J’étends
Je laisse sécher
Z
Comme zénith sur le trottoir
La pire des silhouettes.

Appel d'air: "Des miss au kilo" de Salvatore Sanfilippo

Auteur de nombreuses publications en revues (Traction-Brabant, Verso, Pyro, Décharge, Comme en poésie, parmi d'autres), Salvatore Sanfilippo a également publié quatre recueils de poèmes, dont "Siffleur de lunes", aux éditions "Voix Tissées". Pour son nouvel opus, "Des miss au kilo", il cherche un éditeur qui saurait mettre en valeur tant la gravité que l'humour de son inspiration. Nous en proposons ici deux extraits (J L):

A SEPT ANS

A sept ans
On joue à la poupée
Ou à la marelle
Avec ses copines
On caresse son petit chat
On mange des bonbons
Et quand on a du chagrin
Les parents sont là
Pour nous consoler
Pour elle
Il en a été autrement
C’est là que tu appuieras
Facile
Un simple petit clic
Un jeu d’enfant
Et soudain
L’explosion
Les cris
Le sang
Les corps déchiquetés
La mort

...............................................................................

FAKIR

Un jour je serai fakir
Pour mettre un peu de piquant
Dans ma vie
L’ascèse m’a toujours attirée
Je veux élever mon esprit
Donner à mon corps
Une discipline de fer
Pour qu’un jour
Je puisse dire
que je n’ai pas vécu
pour des clous