Notes de lecture d'Olivier Liaroutzosa

 Nous donnons ici à lire les notes de lecture que le sociologue Olivier Liaroutzosa a faites après sa lecture de quelques livres du Port d'Attache. Qu'il en soit vivement remercié. J L

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Je ne suis jamais parti en croisière, je me suis pourtant retrouvé chez moi dans Une croisière.

D’abord, la liaison Marseille-Le Pirée me fait rêver, une voie maritime empruntée maintes fois par mon grand-père paternel, petit armateur spetsiote. Pour avoir travaillé, dans les années quatre-vingt dix, dans les docks de La Joliette réhabilités, j’imaginais qu’à la hauteur de mon bureau ce capitaine légendaire entreposait ses marchandises... Ma façon d’entretenir un bout de magie avec Marseille.

Ensuite, le récit de voyage. Un temps, souvent trop bref, pour observer, un lieu qui se révèle à notre curiosité, des gens dont on voudrait faire le portrait, une respiration pour se rassasier. La prise de notes intensifie la découverte, la description anticipe la fabrication du souvenir et la rédaction viendra prolonger l’échappée. Alors le voyage pourra être partagé.

Enfin, la manière d’être touriste en cherchant à ne pas être dupe, à s’extraire du rapport commercial obligé, pour mieux se laisser porter par l’accueil et la beauté dont la Grèce n’est pas avare.

Merci Jacques pour ce retour inattendu en Grèce.


Autre voyage, autre récit, celui du Cahier d'Argentine. Pierre Andréani se lance, malgré lui, dans l’immense pays, apte à baguenauder de plages en villes. En Argentine, il lui fallait goûter la viande passée au grill, il en a surtout respiré les fumées. Cela lui a valu des hallucinations et aussi de suivre des filles dans ce mixte étiré d’Europe et d’Amériques. Il traverse ces mondes avec l’écriture en bagage pour partager avec nous, sans fanfaronnade, ses émotions qui ne sont pas toutes enthousiastes. Est-ce qu’il pressentait la tronçonneuse? 

Ce n’est plus un voyage mais une épopée. Bonne idée, Jacques, d’avoir donné la parole à la démocratie alors que tout le monde, dont les pires, parle pour elle. Une rétrospective à la fois pédagogique et divertissante pour mieux retomber sur les interrogations urgentes du moment. D’ailleurs est-ce que cette synthèse percutante circule dans les collèges et les lycées? Il serait temps!


La Belle inconnue est partout (je l’ai encore croisée ce matin), mais elle reste hors de portée. N’est-ce pas pour cela que nous l’aimons? Elle nous transmet sa liberté, nous ne savons pas trop quoi en faire mais nous ne sommes jamais rassasiés. Gérard Pons, lui, chemine avec elle. Rien ne lui échappe : le coquelicot qui pense, le hibou bienveillant, le fugace qui devient éternel, la tendresse qui s’attarde sur le quai de la gare Saint-Charles. Quel plaisir de se glisser dans son Ombre portée!


Qui a dit que la littérature, et encore plus la poésie dans son écrin, devait être neutre, dégagée de toute vision politique? Lena Lesca n’a que faire de cette tarte à la crème. Dans Urgences, elle travaille le rythme de la colère pour réveiller les esprits, elle convoque les images crues pour appeler à la lucidité,elle clame les mots qui percutent l’ensommeillement, elle soulève l’ambivalence puisqu’il faut sans cesse se demander. Alors seulement, l’amour peut jaillir et l’écriture le dire.



Olivier Liaroutzosa